En préambule, Cyrille Portalis nous parla de son arrière grand-oncle, Jean-Marie Etienne Portalis, ministre de Napoléon et corédacteur du Code Civil. Plus récemment, sa tante, la Comtesse Portalis, joua un rôle prépondérant dans la création de l'AOC Bandol, aux côtés de Lucien Peyraud et du Baron Leroy.
Domaine historique, le Château Pradeaux reste fidèle aux méthodes ancestrales. Culture traditionnelle sans produits chimiques, longues cuvaisons de raisins entiers et quatre ans d'élevage en foudres de chêne. Sévère dans sa jeunesse, c'est un vin de garde qui se bonifie pendant plusieurs décennies.
Rosé de presse issu de jeunes vignes de mourvèdre (55%) et d'une parcelle de cinsault de 35 ans d'âge (45%). Le rendement est de 28 hl/ha. Fermentation à basse température et élevage en cuve sans malo pour conserver la fraîcheur du fruit croquant.
De couleur pâle à reflet saumon, le rosé de Pradeaux est un vin harmonieux, délicatement parfumé, à la saveur prononcée de fruit à noyau et de melon. La qualité est régulière et les deux vins sont des modèles d'élégance et d'équilibre. Le 2008 est un poil plus charmeur tandis que le 2007 semble plus long et plus complexe.
Cépages mourvèdre (95%) et grenache (5%). L'âge moyen de la vigne est de 35 ans et le rendement est de 30 hl/ha. Le 2004 fut mis en bouteilles en novembre 2008. Robe d'encre à reflet pourpre, nez dense et sérieux, avec une dominante de fruits noirs et d'épices. En bouche, c'est un vin puissant aux tannins massifs mais enrobés, à la saveur profonde et entêtante.
Même robe profonde et opaque. Bouquet intense et complexe de caractère épicé, boisé et viandé. Vin riche et concentré au palais, avec des tannins mûrs et harmonieux. Un millésime de grande maturité (15° d'alcool), équilibré par une belle acidité. Longueur et persistance phénoménales.
Nez fin et charmeur de fruits mûrs, de réglisse et de truffe. En bouche, l'attaque est généreuse, avec une chair ample et veloutée. En finale, le retour abrupt de tannins mordants rappelle la fraîcheur de l'été et la fermeté qui marque tous les vins du millésime 1998. A revoir dans quelques années.
Robe grenat à reflets légèrement tuilés. Bouquet prenant de mûre, de pruneau et de cuir. Vin puissant et concentré en bouche, avec une finale longue et savoureuse qui évoque le poivre, la réglisse et le musc. Un grand millésime classique, déjà plein de charme, mais encore loin de sa plénitude.
Grande année de soleil, le millésime fut annoncé comme exceptionnel dès sa naissance. Vingt ans après, Pradeaux se pare d'une robe mordorée et chatoyante. Le fumet, tertiaire, évoque le musc, le sous-bois et la truffe. Au palais, c'est un vin ample et généreux, avec des tannins mûrs et fondus. Un Pradeaux voluptueux qui fait l'unanimité parmi les dégustateurs.
En 1979 la récolte fut généreuse en volume, mais de qualité hétérogène. Il est aujourd'hui hasardeux de déboucher les bouteilles. Le nez évoque le bois mouillé, la mousse de chêne, les champignons. En bouche, le vin apparaît maigre et acide, avec une saveur évanescente. C'est le seul vin de la série qui a dépassé son apogée et qui aurait dû être débouché plus tôt.
En 1974, les trombes d'eau qui s'abattirent sur le vignoble noyèrent de grands espoirs. A Bordeaux comme en Bourgogne, on vendangea des raisins détrempés qui donnèrent une marée de vins légers et peu convaincants. Pradeaux présente une robe profonde et stable, un bouquet d'une grande finesse et une saveur voluptueuse de fruits noirs, d'encens et d'épices douces. C'est la plus belle surprise de la dégustation !
Voici une année généreuse en volume et en qualité, avec des vins qui semblent défier le temps. Pradeaux 1970 tient parfaitement son rang avec des arômes d'épices, de café, de noix et de torréfaction. La saveur est puissante, animale, rustique mais parfaitement honorable pour un vin de près de quarante ans.
Année légendaire, l'un des deux ou trois millésimes du siècle. Le bouquet est d'une pureté et d'une fraîcheur stupéfiante (cassis, myrtille, musc). Bouche ample et délicate, chair soyeuse, longueur phénoménale. Tout est dit, la légende est là et le vin se suffit à lui-même. Un moment magique pour conclure une superbe soirée, dans une ambiance électrique. Un grand merci à notre ami Cyrille !